Le décor qui fait son irruption à partir du XIII
e siècle dans les marges des manuscrits fascine, interroge, déroute. Des animaux, des êtres hybrides, mais aussi des femmes et des hommes viennent entourer le texte et remplir les espaces vierges de la page. On les appelle des drôleries, représentations parodiques, transgressives, insolites, profanes ou profanatrices, satiriques, voire même irrévérencieuses. De 1200 à 1350, un nouveau décor marginal, d’abord codifié dans les ateliers parisiens, puis dans le Nord de la France, en Angleterre, enfin en Italie, en Espagne et en Allemagne, revendique sa progressive autonomie dans des ouvrages essentiellement religieux, psautiers ou livres d’heures par exemple.
Il n’empêche que ces décors, entre sacré et profane, entre dérision et condamnation, portent, à la marge et sur un mode comique, parodique et transgressif, un regard autre sur la société et le monde médiévaux. Loin de gloser le texte qu’elles entourent, les drôleries sont le plus souvent dans un rapport dialectique avec les images principales qui décorent la page. Par exemple, le combat de David et Goliath se voit souvent « redoublé par une joute et la musique du psalmiste par celle des jongleurs ».